Jeudi 20 septembre 1934
Cela me fait du bien d’écrire ce matin, parce que cela détend cette crispation des lèvres. Une journée froide et grise après la fournaise. En ce moment nous avons Graham et Mrs. W., mais aussi, peut-être, la paix et la fin du livre. Si seulement c’était vrai ? Mais je me sens à des lieues de distance, si loin, si détachée, et terriblement lasse maintenant.
Il me semblait que je pourrais décrire la profonde émotion que dégageaient les obsèques de Roger, mais naturellement j’en suis incapable. Je veux dire ce sentiment universel : comment nous luttons tous avec nos cerveaux, nos passions et tout le reste, tout cela pou être vaincus. Le vainqueur, cette force extérieure, s’affirme alors si clairement, lui l’indifférent, et nous si petits, si fragiles, si vulnérables. La peur me prit alors de mourir. Je le sais bien que je serai étendue, moi aussi, devant cette porte et cela m’a effrayée, mais pourquoi ? Je veux dire que j’ai senti la futilité de cette lutte perpétuelle (avec nos cerveaux et notre amour les uns pour les autres, en face de cette autre chose) puisque Roger est mort.
Virginia Woolf –journal d’un écrivain
Mardi 20 septembre 1977.
Vu Stanley Siegel. Brooke Shields ne s’est pas pointée, alors il a fait une interview téléphonique en direct de Sophia Loren, qui est en ville, au Pierre.
Son anglais est bon, maintenant. Mais à la voir ce matin à la télé, elle fait, comment dire… ringarde. Elle a dit qu’elle ne permettrait pas à sa propre fille de jouer dans un film comme le Pretty Baby de Brooke Shields. Elle se fout du monde ou quoi ? Elle est tellement prétentieuse. Je suis censé la voir jeudi. Oh, j’oubliais, lundi après-midi, au bureau, j’ai entendu une conversation incroyable : Vincent, au téléphone, était en train de discuter avec notre avocat pour savoir si je ne devrais pas remettre une assignation à Sophia Loren quand j’irai dîner avec elle! C’est pour le procès que nous faisons à son mari, Carlo Ponti, qui a produit Frankenstein et Dracula. Ils étaient tout à fait sérieux. Enfin ça ne se ferait pas directement. Il y aurait ce petit mec avec moi, et quand Sophia ouvrirait la porte, le petit bonhomme lui enverrait l’assignation à la figure. Et puis on dînerait tranquilles elle et moi, comme si de rien n’était. Voilà ce qu’ils me mijotaient en douce! J’ai écouté la conversation de Vincent au téléphone jusqu’à la fin, bouche bée…Andy Warhol – journal
20 septembre 2025
je cherche mes mots. Je me suis couchée tard, chahutée par la lecture du livre de Khosraw Mani, Rattraper l'horizon. Intrusion par l'intermédiaire d'une kyrielle, d'un foisonnement de mots, au cœur de la vie - avec un grand V - d'un tout jeune homme en Afghanistan. Après cette immersion, il est étrange de lire un extrait de journal d'Andy Warhol...
C.D

Laisser un commentaire