11 septembre 1936
Un jour et une nuit. J’ai ouvert les yeux avec le désir incessant de chanter et de danser sans raison, mais ma chambre dansait déjà toute seule : c’était la lumière du soleil, qui faisait miroiter la Seine. Comment se fait-il que je sois seule dans ma chambre ? Je suis rentrée ce matin à l’aube. Quand je suis arrivée, les chiffonniers faisaient les poubelles et les clochards dormaient encore sur le seuil des immeubles.
Je sors de l’obscure forêt de caresses et de senteurs, déjà impatiente de m’immerger à nouveau dans l’odeur de sa chevelure noire, de m’ en recouvrir le visage, impatiente de sentir sa peau, de pénétrer dans la chaleur, de flotter dans la vénération, de nager et de respirer dans l’adoration, de protéger de ma main notre baiser, comme si je protégeais du vent une petite flamme ; une bouche qui se métamorphose, d’abord pincée, et s’épanouissant peu à peu, s’ouvrant vers l’extérieur, blessée, fondante, vulnérable, humide. Varier l’intensité du courant qui circule entre nos yeux, entre nos bouches. Retrouver les strates infinies de l’être, avec nos doigts, nos lèvres, nos mots. D’abord les yeux – étoiles et lanternes, bougies, jungle et paradis, enfer et désir.Anaïs Nin – journal de l’amour
11 septembre 1912
Il y a deux jours, soirée avec Utitz.
Rêve : Je me trouvais sur un isthme en pierres de taille profondément enfoncé dans la mer. J’étais avec quelqu’un ou avec plusieurs personnes, mais j’avais de ma propre existence un sentiment si fort que mes connaissances sur elles se bornaient à peu près au fait que je leur parlais. Je ne me rappelle que les genoux soulevés d’une personne assise à côté de moi. Au début, je ne savais pas où j’étais, mais en me levant par hasard, je vis, à ma gauche et à droite derrière moi, un immense océan aux contours distincts qui portait un grand nombre de vaisseaux de guerre alignés et solidement mis à l’ancre. A droite, on voyait New-York, nous étions dans le port de New-York. Le ciel était gris, mais également clair partout. Librement exposé a l’air de tous côtés, je tournoyais sur place pour essayer- de tout voir. Du côté de New-York, le regard s’abaissait un peu vers le fond, du côté de la mer, il montait. A ce moment, je remarquai aussi que près de nous, l’eau formait de grosses vagues sur lesquelles se déroulait un énorme trafic cosmopolite. Tout ce que je me rappelle, c’est que nos radeaux étaient remplacés par un immense fagot rond fait avec de longs trones d’arbres ficelés, dont la coupe, à mesure que le fagot avançait, ce qu’il faisait aussi en roulant dans le sens de la longueur, sortait sans cesse de l’eau, plus ou moins selon la hauteur des vagues. Je m’assis, tirai mes pieds à moi, tressaillis de plaisir, m’enfonçai littéralement dans le sol tant je me sentais bien et je dis: « Mais c’est encore plus intéressant que la circulation sur les boulevards parisiens. »Kafka – journal
11 septembre 2025 -
Rêve... cette nuit j'étais dans un village en Afghanistan avec mon frère et mon premier mari. Il y avait du monde dans les rues. Il faisait beau et nous nous promenions au milieu de stands, une sorte de foire à tout. Et on s'est perdu de vue. J'ai commencé à me sentir mal à l'aise. Enfin j'ai appelé mon premier mari en criant à toute volée son prénom. Les afghans relayaient mon appel comme en écho. Je me suis réveillée les oreilles pleines de ce prénom. Mais là ne résidait pas l'essentiel...
C.D

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