Septembre (1900) – Je lis le journal de Marie Bashkirtseff’. Il faut que j’écrive ; me voici reprise de la rage d’écrire. J’ai sommeil et mes yeux se ferment après cette journée d’Exposition passée à Paris, ces courses et ces piétinements dans la poussière, mais je ne peux pas me coucher avec cela dans l’esprit.
Comme je la comprends, cette femme ! C’était tellement étrange; il me semblait être morte et me lire. Elle ne me ressemble pas; seulement, voici mon immense orgueil, encore plus obsédant chez elle ; ces pages et ces pages, ou elle se torture en se cherchant, ces désirs et ces ambitions folles qui lui semblent dépasser le monde, et ces spasmes d’enfant qui veut vivre cent vies à la fois !
Moi aussi, oh, moi aussi !
Elle était plus violente que moi, et, c’est drôle à dire, je suis plus tendre. Ensuite, je suis beaucoup plus naturelle, et tout-à-fait sincère. Lorsque j’ai commencé à écrire régulièrement – j’avais douze ans, je crois – la même idée poignante de « ne pas mourir tout entière » me tenait – je me rappelle même un passage où je cite ce journal comme « un document intéressant pour la postérité» : je l’ai retrouvé chez elle !!! Mais ce qui faisait de mon journal l’émotion et l’enthousiasme si touchant, naïf et sincère, c’était le sentiment religieux profond de mon âme de petite fille ; Marie n’a pas connu ces heures désespérées et seules, elle n’a pas cherché
Dieu comme les raisons de sa vie…
Son journal, dès le commencement, est composé; elle essaye de bien écrire, de dire jolimentCatherine Pozzi – journal de jeunesse 1893-1906
Mardi 6 septembre 1988 – Petite fête chez nous, en ce jour de rentrée scolaire.
Il y a quelques jours, François Didier a téléphoné : « Ça tient toujours, pour mardi ? »
Martine et moi nous nous sommes regardés, interdits. C’est vrai que nous avions parlé de fêter la rentrée, mais les vacances avaient passé, et nous ne nous souvenions plus de rien. Nous nous sommes vite décidés, et retrouvés à quinze.
Une soirée toute douce, toute tranquille. Longue table sur des tréteaux, dans le jardin. Chacun avait apporté « quelque chose »: gâteau marbré, vin, pizza, etc. Plaisir simple de parler sans effort de la rentrée, des vacances, pendant que les enfants jouaient dans le pré. Vincent les a entraînés dans une danse un peu folle, et, pour une fois, les adultes n’ont pas suivi. La nuit est tombée vite. Les enfants ont préparé le feu d’artifice, disposé les chaises de jardin sous le pommier. Comme à chaque fois, grand temps de latence entre les fusées, avec des petites phrases banales qui montent dans le soir …Philippe Delerm – Journal d’un homme heureux
Catherine Pozzi n'a pas daté exactement ce jour de septembre... mais cet extrait me paraissait intéressant par la comparaison qu'elle fait entre son journal et celui de Marie Bashkirtseff ( journaux dont seront extraits des fragments pendant toute l'année.) Elle a dix-huit ans quand elle écrit ce passage.

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