2 septembre 1940 – J’ai écrit, et suis prêt à récrire encore, ceci qui me parait d’une évidente vérité : « c’est avec les beaux sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature’. » Je n’ai jamais dit, ni pensé, qu’on ne faisait de la bonne littérature qu’avec les mauvais sentiments. J’aurais aussi bien pu écrire que les meilleures intentions font souvent les pires œuvres d’art et que l’artiste risque de dégrader son art à le vouloir édifiant. Je n’ai garde d’ajouter: toujours ; l’exemple de Péguy m’en empêche; mais, outre que je trouve fort médiocres (pour parler avec modération) ses vers d’Eve si souvent cités, je tiens que ceux qui les admirent quittent le domaine de l’art et se placent à un point de vue tout différent; celui du prêtre ou du général de division ne saurait être celui du poète que très accidentellement. Il n’en reste pas moins qu’une littérature peut être plus ou moins virile et virilisante, et que la notre, dans son ensemble, ne l’était point.
Elle avait d’autres qualités, et qu’elle risque de perdre si, par mot d’ordre ou besoin, elle cherche à acquérir facticement celles qui ne lui sont pas naturelles.
Que, pour un temps, l’art de Clodion ou de Carpeaux soit moins prôné que celui de Rude ou de Barye, il se peut; mais c’est fausser le jugement que coter l’art d’après son rendement’ moral.
André Gide – journal tome II – 1926-1950
2 septembre 1937 – Avec l’écriture, voici comment ça se passe. On se dit : « Je me sens bien, trop bien. Je n’ai pas besoin d’écrire. Je veux vivre. » Intérieurement, on jouit de la vie. Une vie sans mots sans écho, sans double. Et puis, un beau jour, sans raison, la vie se coupe en deux: «être» d’un côté, « formuler» de l’autre. Comme si un film se tournait à l’intérieur du cerveau et je me mets à écrire dans ma tête. Ce n’est ni de l’analyse, ni de la méditation, c’est de l’écriture. Je prends conscience, à chaque phrase, de l’importance de la formulation (c’est comme une découverte), ce qui s’accompagne d’un désir anxieux de tout saisir, de tout capturer. Cela vous tombe dessus sans prévenir, comme une fièvre, et disparaît comme une fièvre. Et cela se distingue de toute autre forme d’activité.
Tout ce mois-ci, j’ai écrit dans ma tête et je cerne de plus près ce que je dois faire. Je connais mon rôle. Je sais que d’une façon bien distincte de celle de l’homme, je sens et sais ce que je ressens. Je sais que je possède une oreille aussi fine que celle de Proust pour les nuances, mais aussi un sens dramatique, une dynamique, qu’il n’avait pas. Je sens que je peux deviner le poids d’une phrase aussi subtilement que lui, tout en courant, en sautant. Je sais ce que je dois faire.
Mais je ne veux pas commencer, parce que la vie est douce, que la paresse est douce et que je préfère m’asseoir pour revivre ma dernière nuit avec Gonzalo, pour ressentir encore dans mon ventre sa puissance soudaine, la force de son désir, la dureté de son sexe, juste au moment où j’évoquais dans mon journal sa relative faiblesse. Je suis capable de stimuler sa force
Anaïs Nin – journal de l’amour 1932-1939
2 septembre 2025 - La rentrée scolaire, ce perpétuel recommencement. J'ai voulu faire coïncider le début du travail avec ce moment particulier, quand se concrétisent les projets qui flottaient dans la chaleur de l'été. Pour ne pas me noyer dans leur multitude il me faudra sans doute planifier un emploi du temps hebdomadaire. Qu'à cela ne tienne...! Tout est possible, j'aime l'énergie qui surgit aux commencements!
Claudine Dozoul

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