Le [samedi] ler mars 1919
Une belle date qui fleure la jonquille, annonce le rossignol et la giroflée.
Un grand soleil vigoureux danse dans la rue. On est tout éveillé, tout agité, neuf comme le ruisseau qui crève la glace mince et s’en va, chantonnant à travers les prés, alimenter le lavoir où les femmes bavardes s’alignent dans l’eau de Javel.
Au tournant il y avait un grand placard bleu, affiche du Bon Marché, sur le mur du bureau de tabac où j’allais acheter le papier à dents qui décorait sous le pot au feu et la cafetière, les planches de la cuisine. Tout cela reste en moi, avec les odeurs, les génuflexions, dirais-je, de ses nuances et couleurs. C’est ma réserve à images, ma consolation en épicerie de village, en bruit d’essieux, en trot de cheval, en grille bleue dans le clair de lune, et c’est la lune qui marche sur le pré, jusqu’au faîte de ma maison, répandant dans ma tête un étonnement sans parole, bien proche de la poésie ![…]
Mireille Havet – journal
1er mars (1915)
Après des préparatifs et une anxiété qui ont duré des semaines, j’ai à grand-peine donné congé, sans avoir absolument eu lieu de le faire ? l’endroit, en effet, est assez calme, mais je n’y ai pas encore bien travaillé, de sorte que je n’ai eu une expérience suffisante ni du calme, ni du bruit. J’ai plutôt donné congé par suite de ma propre inquiétude. Je veux me torturer, je veux sans cesse changer d’état, je crois pressentir que mon salut est dans le changement et je continue à croire que, grâce à de petits changements de ce genre qui se font pour d’autres dans le demi-sommeil, mais, pour moi, au milieu d’une révolution de toutes mes forces intellectuelles, je pourrai me préparer au grand changement qui m’est probablement nécessaire.
J’emménage dans un logement certainement pire sous bien des rapports. Toujours est-il que c’est le premier jour aujourd’hui (ou le deuxième) où, si je n’avais eu d’aussi violents maux de tête, j’aurais fort bien pu travailler. J’ai écrit une page d’un seul jet.Franz Kafka – journal
1er mars 2026
Pas de petits riens... seulement un grand effarement devant l'actualité... où il n'est question que de guerre...
C.D - journal de mes petits riens
