Étiquette : Eric Chevillard

  • 5 mars

  • 20 février

  • 15 février

    15 février 1930

    Un soir, Henry était sorti, en me donnant le sentiment, comme cela arrive souvent, qu’il appartenait vraiment à ce monde de la rue, à la foule, à la vie du dehors, et jamais au silence, à lui-même, et à moi.Waldo Frank était venu. J’avais compris à son regard qu’il espérait un rapport plus intime. Je m’étais habillée et parfumée en songeant à cette intimité. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à revoir les faits, consciemment. Je savais qu’il dirait en arrivant: » Laissez-moi venir près de vous.  » Et ce furent
    effectivement ses premiers mots. J’avais l’impression que notre
    rencontre s’était faite dans un étrange silence, d’une manière muette et
    mystérieuse. Il me sembla très naturel, très simple, comme une espèce
    de musique, de le laisser m’embrasser et d’enlever mes vêtements. Un
    rêve. Aucune sensualité. Aucun désir. Aucune passion. La rencontre de
    deux regards, une rencontre aveugle en deçà de la conscience. La
    Catalana. Douceur, délicatesse, musicalité. Pas de dissonance. Pas de
    tensions.  » Je suis l’enfant qui n’a pas peur »[…]

    Anaïs Ninjournal de l’amour