26 janvier 1985
Arrivée retardée de Henry, à bord du paquebot qui avance très lentement dans le brouillard – un homme transformé, un homme tremblant, mais entier, déterminé, conscient. Il m’avait écrit : « Peur, peur, à quel point la peur s’est emparée de moi. La terrible peur de te perdre. La peur de ne pas avoir été à la hauteur de l’image que tu te faisais de moi. Cela m’a presque anéanti. Je me sentais tellement perdu que j’ai craint de devenir fou. »
Dès le premier baiser, je sais que je l’aime d’un amour aveugle, au-delà de toute raison, avec tous ses défauts. Pourtant, il me parait nouveau, fort, différent. Oui. Ce que Rank l’analyste, interprète ainsi : « Il est différent parce qu’il t’a perdue, seulement parce qu’il t’a perdue, mais rien ne peut changer dans votre relation. C’est trop tard. »
Trop tard pour changer, trop tard aussi, peut-être, pour les explications et analyses, mais l’amour persiste, il persiste aveugle à toutes les lois, à tous les avertissements, et mène à la sagesse et à la peur. Et quel que soit cet amour, mème sil n’est que l’illusion d’un amour nouveau, je le veux, je ne peux pas y résister, mon sang se met à danser, mes jambes s’ouvrent.
[…]
Sans doute me suis-je habituée aux sentiments doubles, aux doubles amours, aux doubles vies : en retrouvant Huck, en effet, je n’ai pas ressenti le moindre changement dans mes sentiments, tout en sachant que mon amour pour lui était bien moins fort ; j’ai pu répondre à ses caresses, coucher dans son lit, et même verser quelques larmes de compassion pour Henry, j’ai pu donner l’illusion que je n’éprouvais plus pour lui que de la compassion, j’ai pu me montrer tendre et absolument pas troublée ; pourtant, je jouais la comédie. Je souhaitais être avec Henry.
Le lendemain, j’ai retrouvé un Henry encore brisé, parlant tout bas, blessé, heureux, bouillonnant. Il avait écrit sur l’éveil de sa conscience, il avait pleuré, saisi du désir de se terrer dans un trou quelque part, avec moi. Il avait souffert que je le laisse seul cette nuit. Souffrant, mais conscient que cette force…
[…]
Désormais, pour Huck, je suis à la fois June et Henry. Je passe à l’action, j’agis, je sème le trouble, je bouleverse, je provoque le drame. Je suis naturelle, je trompe, je triche, je suis paresseuse, je mets son pardon à l’épreuve. Pourtant, il m’aime pour ce que je suis. Et je suis à la fois June et Henry. Quant à Huck, il est ce que j’étais autrefois, lorsque je me montrais héroïque, sage, surhumaine à l’égard de Henry. Aujourd’hui, je suis on ne peut plus humaine. Je pleure, je ris ; je fais des scènes. Je me bats. Je mens. Je me défends. Je n’essaie pas d’être bonne. Je cède à mon amour pour Henry. Je trompe Huck.
[…]
Toutes les deux phrases : un mensonge. Pour tranquilliser Huck, quand je sors avec Henry, ou pour tranquilliser Henry
Anaïs Nin – journal de l’amour
Vendredi 26 janvier (1894)
Ma première sortie. Dîner chez les Charpentier avec le ménage Zola, le ménage Xau, Robin, Catulle Mendès, Poincaré, l’ancien ministre.
Sur l’éloge lyrique du talent de Sarah Bernhardt fait par Catulle
Mendès, Zola dit assez justement — mais au fond écrit contre les actrices qui ont refusé de le jouer — dit qu’elle est incapable de composer un rôle, incapable d’apporter sur les planches un être humain et qu’au fond, elle a peut-être du génie, mais pas de talent.
Et il continue à rognonner dans son coin à propos de tout où il n’est pas question de lui, s’écriant, à propos de l’interdiction d’UNE JOURNÉE PARLEMENTAIRE, que c’est très heureux pour Barrès, qu’il n’est pas du tout un auteur dramatique, que sa pièce aurait fait un four,… tandis que comme cela, il va remplir les journaux des réclames de son martyre.
Poincaré, qui m’a écrit une aimable lettre et qui me paraît, dans une gentille conversation à deux, simple, naturel, point du tout gonflé de son ci-devant ministère, veut bien me dire que s’il était resté à l’Instruction publique, il m’aurait fait officier de la Légion d’honneur, sans me consulter, parce qu’il savait que j’aurais mal reçu la proposition.
Edmond de Goncourt – journal
26 janvier 2026
Ce matin, un petit-rien chronophage... trouver un transport pas trop cher pour aller assister au Forum Philo Le Monde... ce qui n'est pas évident dès que l'événement est décentré, que ça ne se passe pas à Paris... Je peste...
C.D - journal de mes petits riens