16 janvier 1937
Fatigue et découragement. Il faut que je lutte contre le masochisme de Gonzalo. Voilà encore le cas d’un animal parfait, déformé et gâté par le catholicisme. Il a le culte de la souffrance. Et il arrive dans ma vie quand j’en ai assez de la souffrance. Pourquoi faut-il toujours que je traîne des poids derrière moi ? N’y aura-t-il jamais un homme pour courir devant moi et me porter ?
Je dois lutter pour l’empêcher d’allumer le feu, pour qu’il le fasse faire par René. Mais il continue de le faire, et la dernière nuit que nous avons passée ensemble, alors qu’il était trempé par la pluie, il s’est levé quand même, ce qui l’a achevé. Il a attrapé une très forte grippe. Je cours le voir le lendemain matin et le trouve, tremblant de fièvre, en train de couper du bois pour faire du feu chez lui, tandis que Helba et Elsa sont encore endormies. Je lui offre d’aller acheter du bois. Il refuse. Il se crée des complications sans fin, s’invente des tâches inutiles, choisit toujours la manière la plus difficile de faire les choses, se blesse et se fait du mal. Je lui apporte des cigarettes et du rhum. Il passe sa journée à travailler à sa cause politique.
Je passe la mienne avec Henry, à travailler sur mes journaux. À six heures, je suis impatiente de le revoir. Je lui apporte encore du rhum et des cigarettes, mais, malade comme il est, il va tout de même se rendre à une réunion avec Gide, Malraux, et ses camarades. Je le quitte, épuisée et triste. Henry et moi allons au cinéma.[…]Anaïs Nin – journal de l’amour
16 janvier 1922
Je me suis effondré la semaine dernière plus totalement que cela ne m’est jamais arrivé, si ce n’est au cours de cette unique nuit, il y a deux ans ; en dehors de cela, je n’ai jamais rien vécu de tel. Tout me paraissait perdu et aujourd’hui encore, je n’ai pas l’impression que les choses aient sensiblement changé. On peut concevoir cet état de deux manières, et de deux manières qui doivent sans doute être envisagées en même temps.
Premièrement : effondrement, impossibilité de dormir, impossibilité de veiller, impossibilité de supporter la vie ou plus exactement le cours de la vie. Les pendules ne sont pas d’accord, la pendule intérieure se livre à une poursuite diabolique ou démoniaque, inhumaine en tout cas, la pendule extérieure va au rythme hésitant de sa marche ordinaire. Que peut-il arriver, sinon que ces deux mondes différents se séparent, et ils se séparent ou tout au moins se tiraillent l’un l’autre d’une manière effroyable. Il y a sans doute bien des raisons à ce rythme effréné de la vie intérieure, la plus évidente est l’introspection qui ne laisse parvenir au repos aucune idée, poursuit chaque idée et la fait remonter à la surface pour être chassée à son tour par une nouvelle phase de l’introspection, dès qu’elle est elle-même devenue idée.
Deuxièmement : cette poursuite emprunte une route qui sort de l’humain. La solitude […]Franz Kafka – journal
16 janvier 2026
Aujourd'hui je m'occupe de mes dents ... il y a tant à dire sur les dents que je m'arrête là ... pour le moment...
C.D - journal de mes petits riens
