Catégorie : Journaux intimes littéraires

Chaque jour, un extrait d’un journal intime de créateur (littéraire ou autre), un extrait d’un journal intime de créatrice (littéraire ou autre), et le journal de mes petits riens. La date des extraits correspond au jour et au mois présents. Seul le journal de mes petits riens correspond à l’année.

  • 10 septembre

    10 septembre 1855 — Parti à huit heures par le train express
    pour aller à Crose. Voyage très rapide jusqu’à Argenton
    par l’express, mais toutes sortes de malheurs à partir de là.
    Arrivé à Argenton attendant mes paquets une heure dans la
    boue et sous la pluie, avant de m’installer dans cette
    affreuse petite voiture où j’ai fait un voyage si
    insupportable, entre l’enfant qui pissait et les trois femmes
    qui vomissaient.
    Je reste à Limoges, tenté un instant de revenir et de
    m’excuser comme je pouvais.

    Eugène Delacroixjournal

    (exporté de Wikisource)

    Anaïs Nin journal d’amour

  • 9 septembre

  • 8 septembre

    Marie Bashkirtseff

  • 7 septembre

    Mercredi 7 septembre 1977. Paris.
    Le téléphone a sonné. C’était Paloma pour Fred, mais il n’était pas dans son lit. J’ai décidé de ne plus m’en faire pour lui. Paloma avait rendez-vous avec lui pour déjeuner et a dit qu’elle rappellerait. Vers 1 heure, il est arrivé et elle a rappelé, et on s’est tous préparés pour aller la retrouver. On a pris un taxi jusque chez Angelina ($2). Paloma était tout en YSL rouge. On a parlé du bon vieux temps, de nos anciennes amours. C’est Paloma qui a casqué.

     Andy Warhol – journal

    7 septembre 1855

    Il est honteux de ne pas écrire, ou, quand je le fais, d’écrire au débraillé, en ne me servant que de participes présents. Je les trouve très utiles pour boucler mon dernier tour de Mrs. Dalloway. Me voici enfin à la réception qui commence dans la cuisine et gravit lentement l’escalier. Il faut que ce soit un épisode des plus complexes, solide, nerveux, nouant toutes les situations et finissant sur trois notes à différents niveaux de l’es-calier, chacun disant quelque chose qui définisse Cla-rissa. Qui dira ces choses ? Peter, Richard, Sally Seton peut-être, mais je ne veux pas encore m’atteler à cela.
    Je pense maintenant que ce pourrait être la meilleure de mes conclusions, et que peut-être elle portera. Mais il me reste encore à relire les premiers chapitres, et j’avoue que j’ai un peu peur de la folie; et de faire montre de trop de dextérité. Mais je suis sûre maintenant de piocher en plein filon. Ne serait-ce que parce que les métaphores me viennent aussi aisément qu’elles le font ici. Si seulement on pouvait garder à un travail élaboré et achevé la qualité d’une esquisse ! C’est cela que je cherche. De toute façon, personne ne peut plus m’aider et personne ne peut plus me retenir. En outre, je viens de passer sous une douche de compliments de la part du Times. Richmond m’a émue lorsqu’il déclare qu’il s’abandonne à mon livre avec la meilleure volonté du monde. J’aimerais qu’il lise mes romans et je crois toujours qu’il ne le fait pas.

    Virginia Woolf

  • 6 septembre

  • 5 septembre

    Les premiers jours de septembre fréquentent peu les journaux personnels que j'ai à ma disposition. Et, à y bien regarder, peu d'auteurs ont fait de leur journal un quotidien, même si les jours y sont datés. C'est une astreinte dure à tenir. Je ne suis pas sûre d'y arriver moi-même... 
    C.D

  • 4 septembre

    Mauvaise préparation en amont... pas de texte écrit par un homme à cette date malgré la consultation d'une dizaine de journaux d'auteurs. Je n'ai pas encore tous les livres listés sous la main. Mais en attendant je propose l'extrait suivant de Roland Barthes dont j'attends le journal du deuil, extrait d'une réflexion sur les journaux personnels et/ou intimes. A cette étape je constitue encore ma bibliothèque de journaux d'auteur.rice.s. La recherche passionnante est fastidieuse...
    C.D

    conservés et numérisés à la Smithsonian Institution

    Du fragment au journal
    Sous l’alibi de la dissertation détruite, on en vient à la pratique régulière du fragment; puis du fragment, on glisse au « journal ».
    Dès lors le but de tout ceci n’est-il pas de se donner le droit d’écrire un « journal »? Ne suis-je pas fondé à considérer tout ce que j’ai écrit comme un effort clandestin et opiniâtre pour faire réapparaître un jour, librement, le thème du « journal » gidien?
    A l’horizon terminal, peut-être tout simplement le texte initial (son tout premier texte a eu pour objet le Journal de Gide).
    Le « journal » (autobiographique) est cependant, aujourd’hui, discrédité. Chassé-croisé: au xvi siècle, où l’on commençait à en écrire, sans répugnance, on appelait ça un diaire : diarrhée et glaire.
    Production de mes fragments. Contemplation de mes fragments
    (correction, polissage, etc.). Contemplation de mes déchets (narcissisme)


    Roland BarthesRoland Barthes par Roland Barthes

  • 3 septembre

  • 2 septembre

    2 septembre 1940 J’ai écrit, et suis prêt à récrire encore, ceci qui me parait d’une évidente vérité : « c’est avec les beaux sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature’. » Je n’ai jamais dit, ni pensé, qu’on ne faisait de la bonne littérature qu’avec les mauvais sentiments. J’aurais aussi bien pu écrire que les meilleures intentions font souvent les pires œuvres d’art et que l’artiste risque de dégrader son art à le vouloir édifiant. Je n’ai garde d’ajouter: toujours ; l’exemple de Péguy m’en empêche; mais, outre que je trouve fort médiocres (pour parler avec modération) ses vers d’Eve si souvent cités, je tiens que ceux qui les admirent quittent le domaine de l’art et se placent à un point de vue tout différent; celui du prêtre ou du général de division ne saurait être celui du poète que très accidentellement. Il n’en reste pas moins qu’une littérature peut être plus ou moins virile et virilisante, et que la notre, dans son ensemble, ne l’était point.
    Elle avait d’autres qualités, et qu’elle risque de perdre si, par mot d’ordre ou besoin, elle cherche à acquérir facticement celles qui ne lui sont pas naturelles.
    Que, pour un temps, l’art de Clodion ou de Carpeaux soit moins prôné que celui de Rude ou de Barye, il se peut; mais c’est fausser le jugement que coter l’art d’après son rendement’ moral.

    André Gide – journal tome II – 1926-1950

    2 septembre 1937 – Avec l’écriture, voici comment ça se passe. On se dit : « Je me sens bien, trop bien. Je n’ai pas besoin d’écrire. Je veux vivre. » Intérieurement, on jouit de la vie. Une vie sans mots sans écho, sans double. Et puis, un beau jour, sans raison, la vie se coupe en deux: «être» d’un côté, « formuler» de l’autre. Comme si un film se tournait à l’intérieur du cerveau et je me mets à écrire dans ma tête. Ce n’est ni de l’analyse, ni de la méditation, c’est de l’écriture. Je prends conscience, à chaque phrase, de l’importance de la formulation (c’est comme une découverte), ce qui s’accompagne d’un désir anxieux de tout saisir, de tout capturer. Cela vous tombe dessus sans prévenir, comme une fièvre, et disparaît comme une fièvre. Et cela se distingue de toute autre forme d’activité.
    Tout ce mois-ci, j’ai écrit dans ma tête et je cerne de plus près ce que je dois faire. Je connais mon rôle. Je sais que d’une façon bien distincte de celle de l’homme, je sens et sais ce que je ressens. Je sais que je possède une oreille aussi fine que celle de Proust pour les nuances, mais aussi un sens dramatique, une dynamique, qu’il n’avait pas. Je sens que je peux deviner le poids d’une phrase aussi subtilement que lui, tout en courant, en sautant. Je sais ce que je dois faire.
    Mais je ne veux pas commencer, parce que la vie est douce, que la paresse est douce et que je préfère m’asseoir pour revivre ma dernière nuit avec Gonzalo, pour ressentir encore dans mon ventre sa puissance soudaine, la force de son désir, la dureté de son sexe, juste au moment où j’évoquais dans mon journal sa relative faiblesse. Je suis capable de stimuler sa force

    Anaïs Nin journal de l’amour 1932-1939

  • 1er septembre

    Samedi 1ª septembre 1877Je suis beaucoup toute seule, je pense, je lis sans guide aucun. C’est peut-être bien, mais c’est peut-être mal aussi.
    Qui me garantit que je ne suis pas pavée de sophismes et remplie d’idées erronées! C’est de quoi on jugera après ma mort.

    Marie Bashkirtseff – journal 1873-1877

    1er septembre 1914Ecrit à peine deux pages dans un désarroi total. Quoique j’eusse bien dormi, j’ai perdu aujourd’hui beaucoup de terrain. Mais je sais que si je veux passer des souffrances inférieures de la création littéraire – qui est maintenue en esclavage, ne serait-ce que par le reste de ma vie – à la liberté plus haute qui est peut-être en train de m’attendre, je n’ai pas le droit de céder. Comme je le constate, la vieille apathie ne m’a pas encore quitté et la sécheresse de cœur ne me quittera peut-être jamais. Le fait que je ne recule devant aucune humiliation peut signifier qu’il n’y a rien à espérer tout comme il peut me donner de l’espoir.

    Franz Kafka – journal