24 octobre.1907
Submergé de nouveau. Ai travaillé hier depuis le matin jusqu’à 2 heures, une lettre à Haguenin destinée à faciliter et à favoriser son zèle’. Il parle de présenter mon œuvre au public berlinois. Il parle bien. Je commence à être las de ne pas être ; dès qu’une grande ferveur ne me soutient plus, je me débats. L’amour-propre blessé n’a jamais donné rien qui vaille, mais parfois mon orgueil souffre d’un véritable désespoir. Et je vis certains jours comme dans le cauchemar de celui qu’on aurait muré vivant dans son tombeau. Misérable état qu’il est bon de connaître; d’avoir connu. J’écrirai cela plus tard, quand j’en serai sorti.
Sans nouvelles de Berlin où l’on doit me jouer avant le 28.
Je songe à Keats. Je me dis que deux ou trois admirations passionnées comme la mienne l’eussent fait vivre. Vains efforts, je me sens par moment tout étiolé de silenceAndré Gide – journal
Samedi 24 octobre 1896
[…]
Dans la vie, la jeune fille est un être seul. Ah, combien seule !
Enfant, elle fut gâtée, chérie, adulée. Jeune fille, on la laisse. C’est une fleur dont on ne veut pas respirer le parfum. Quand elle est dans le monde, une visible gêne et une contrainte pèsent sur les dames et les messieurs : on ne doit pas dire de légèretés. On s’observe. Quel ennui que la jeune fille !…
Pauvre jeune fille ! À qui pourra-t-elle se confier ? À qui dire les choses qui lui brûlent le cœur ? Près de qui pleurer ? Avec qui sourire ? Hélas, avec personne. Et voilà pourquoi j’ai ce cahier, et voilà pourquoi j’écris, je pense et j’espère sur ces feuilles. C’est avec lui que je souris. Et c’est avec lui que je pleure… Ô mon ami ! Ô ma chose à moi, ma chose adorée! Oh combien je chéris chacune de ces feuilles où mon âme est écrite !!! Mais des larmes me viennent aux yeux. Une amertume atroce me serre la gorge. Dire qu’il n’y a personne avec qui je puisse pleurer en paix ! Personne ne me compren-drait… pas même maman !!! – Oh mon âme, mon âme! Tu voudrais mourir, n’est-ce pas ? Oh, mon cœur, mon cœur, cesse de battre, arrête, et tout sera fini… Mais mon âme a beau s’agiter comme un pauvre oiseau blessé, enfermé dans une cage, mon cœur ne s’arrête pas. Pourquoi suis-je née ? Personne ne me comprend. Personne ne saura jamais ce que sont les douloureuses, les terribles angoisses d’un cœur de jeune fille. Si on me voit pleurer, on ne comprendra pas pourquoi je pleure. Si on me voit rêver, on croira que je pense à mon piano, ou mon chien, ou ma nouvelle robe. La jeune fille est un être seul.Catherine Pozzi – journal de jeunesse 1893-1906
24 octobre 2025
J'aurais pu écrire mon journal de vieillesse. Je suis prête pour endosser cet adjectif de vieille. J'aurais allongé, chaque jour, la liste des plaintes dont le titre aurait été Tout fout l'camp
(sauf les douleurs). J'ai évité cette triste affaire... encore que... ça aurait pu être tourné en dérision... Vanité des vanités etc...
C.D - journal de mes petits riens

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