Lundi 19 octobre 1959
Mon problème vient en grande partie d’un recul de mon audace d’autrefois, cette intrépidité inconsciente. Un état d’audace robuste, obtenu sous hypnose, réussit à supprimer les suintements lugubres de ma matière grise. J’ai essayé l’«exercice» de Ted ces derniers jours – respirer à fond, se concentrer sur des objets dans un courant-de-conscience — et j’ai écrit deux poèmes qui m’ont fait plaisir. Un poème à Nicholas et l’autre sur le vieux sujet de l’adoration du père […]
Il faut que je continue, mais c’est difficile. Comme toutes les choses qui valent la peine.
M’immerger dans les personnages, les sentiments des autres — ne pas les regarder à travers une plaque de verre.
Plonger au fond des émotions, des tromperies.
L’univers de St John Perse, flamboyant, couleurs de peinture à l’huile, saveurs de cannelle.
[…] Avec des enfants, je vais peut-être m’humaniser. Mais je ne dois rien en attendre. Pas plus les enfants que le mariage ne changent la vie ou le caractère, c’est une fable absurde. Je suis toujours une vieille aigrie.
Dans huit ans, j’aurai trente-cinq ans, d’ici là il faut que je travaille : des nouvelles publiées dans The New Yorker ou ailleurs. Un roman. Un livre pour enfants. Dans la joie et l’enthousiasme d’une renaissance. C’est possible. Ça dépend de moi.Sylvia Plath – journaux
19 octobre 1888
Il faudrait faire non point une poésie, mais un conte léger, Ein Märchen, sur ce mot exquis que je lis dans Saint-Victor :
Son lagrime d’amor, non e acqua.
J’y peindrais la forêt amoureuse — je m’y souviendrais de ces vers troublants de Jean Lahor.
Les fleurs semblent trembler d’amour comme des âmes;
Palpitantes aussi d’extase et de désir (…) c
Les fleurs rêvent, les fleurs frissonnent sous la nuit?
(Penser aussi à Die Lotosblume.)Tandis qu’un rossignol, par la nuit exalté
Pour elles chante et meurt sous cette nuit d’été, Les roses au corps pâle, en écartant leurs voiles, Folles, semblent s’offrir aux baisers des étoiles.André Gide – journal tome I
19 octobre 2025
J'ai fait un rêve qui m'a sauté aux yeux dans la matinée alors que je l'avais oublié. Un rêve de buffet... Le long buffet de boulanger qui est dans la salle à manger et qui a suivi mes deux derniers déménagements, ce long buffet bas qui est lourd, très lourd tombait dans l'eau. Justement je me trouvais à cet endroit, dans l'eau. Je le retenais comme je pouvais pour qu'il ne se retourne pas, parce que je pensais très fort que s'il se retournait, il se remplirait d'eau et coulerait ... ce qui rendrait impossible sa récupération. J'appelais le quelqu'un qui était hors de l'eau à proximité de la scène pour qu'il m'aide à le remettre sur la terre ferme...
C.D - journal de mes petits riens

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