8 octobre 1936
Ces instants auprès de Gonzalo où nous sommes de vrais
Espagnols. Instants où je suis consciente de mon sang espagnol, où je me sens à la fois sensuelle et pure; où je sens la présence de la croix que je portais autour du cou, et des médailles, où je sens l’odeur de l’encens remonter dans mes narines; moments où je me souviens de notre balcon à Barcelone, du petit autel installé près de mon lit, des bougies et des fleurs artificielles, du visage de la Vierge et du sens du péché et de la mort; moments où je me souviens de celle que j’étais avant d’arriver en Amérique. Je me sens comme une fille de dix-neuf ans qui a été protégée par son père et sa mère, qui a vécu dans la peur et le respect de Dieu le Père, une vraie vierge. Je sens mes petits seins serrés dans ma robe toute simple et je suis là, les jambes croisées, je me souviens des hymnes religieuses que je connaissais, et de ma stupeur devant ma première goutte de miel. Et je sens que Gonzalo arrive tout droit de son école de Jésuites, sur son cheval, après avoir voyagé toute la nuit pour me voir : mon visage devient pour lui le visage de la Madone; il va m’épouser et me garder jalousement pour lui tout seul, comme une femme arabe, et le monde demeure inconnu, et les troubles de l’innocence sont délicieux.
Je sens que Gonzalo pourrait tuer l’homme qui oserait m’approcher, m’aimer. Je sens qu’il ne pourra jamais oublier que j’ai pu ouvrir mes jambes à d’autres, que j’ai pu hurler de plaisir et de joie.Anaïs Nin – journal de l’amour
Samedi 8 octobre 1983. Milan – Paris.
Jean-Michel est entré au moment où nous partions. Il a dit qu’il restait avec Keith Haring pour se faire de la publicité – Keith était arrivé d’Espagne avec Kenny Scharf pour peindre Fiorucci (concierge $ 30, chasseurs $ 20, femmes de chambre $ 10, magazines $ 10, portier $5, taxi pour l’aéroport $30).Andy Warhol – journal
8 octobre 2025
Je me suis levée tôt ce matin, je suis attendue. Attendue à jeun, bien lavée bien désinfectée, numéro de matricule xxx. Attendue pour changer la prunelle de mes yeux, pour ressortir avec un nouveau regard, plus net, plus lucide. J'espère que je ne vais pas regretter ce flou artistique qui atténuait les aspérités du paysage de la vie
C.D

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