17 septembre 1935
Achevé enfin la préface promise pour une réédition de Henry Monnier, promise à un livre dont j’avais eu l’idée.
Très peu satisfait par ces pages fort peu originales, qui m’ont donné beaucoup de mal et pris un temps considérable
Monnier est si peu connu de nos jours que j’ai cru opportun, non tant de le commenter, mais de le présenter à neuf aux lecteurs. Je n’ai pas pu trouver place pour cette phrase : Quand il rit, son rire est sans joie. Il ne rit que quand il se moque.
Il arrive un moment dans la vie – et je crois que ce moment arrive fatalement, pour peu que l’on vive assez longtemps — où les choses que l’on avait méprisées dans sa jeunesse se vengent, tout de même que l’on voit dans la tragédie grecque Aphrodite ou Dionysos se venger des dédains d’Hippolyte ou de Penthée. Oui, je paye aujourd’hui mes dénis d’antan, de ce long temps où me paraissait indigne de réelle attention tout ce que je savais transitoire et ressortissant à la politique, à l’histoire. L’influence de Mallarmé m’y poussait. Je la subissais sans m’ en rendre compte, car elle ne faisait que m’encourager dans mon sens et je ne savais pas encore bien, alors, combien il sied de se défier de ce qui vous flatte et que cela seul vous éduque vraiment, qui vous contrarie.André Gide – journal tome II
Jeudi 17 septembre 1896
Hier au soir, pour la première fois de ma vie, peut-être, j’ai vraiment joui des beautés de la nature’. Il faisait presque nuit. Le soleil était couché, mais à l’horizon reposait encore un dernier rayon de lumière. Le ciel était très pâle, mais variait depuis le bleu gris très clair jusqu’au safran éblouissant et à l’orange foncé. Pas un souffle.
Les feuilles noires des grands arbres se détachaient avec un « fini » délicieux sur les tons clairs du ciel. Quelques étoiles brillaient déjà, et la lune resplendissait, aveuglante de lumière… Comme musique, quelques grillons, et le bruit d’ailes des oiseaux rentrant au nid.
Je suis allée m’asseoir sur le banc du vieux chêne, là-bas, à la charmille, et je suis restée à rêver en regardant le ciel. Je pensais qu’à ce moment-là, c’était le bonheur, si doux, si tranquille à regarder, plein de tendresse, les merveilles de couleur atténuée qu’offrait l’aspect de la nature… Le soir était si beau. Le lac brillait. Le moindre brin d’herbe était charmant. Et ce ciel. Oh, ce ciel ! Cette lueur orange, mystérieuse, là-bas, à l’horizon… et ce nuage si pur, doré par les lueurs de la lune… ça, c’était vraiment le Bonheur !!Catherine Pozzi – journal de jeunesse
17 septembre 2025
Quelques notes de piano de Keith Jarrett (Köln), accompagnent ma lecture des journaux intimes ce matin. Là aussi réside la beauté et je suis particulièrement émue par une note, une seule, qui, quand elle tombe, m'irradie d'ondes jouissives. Faut-il parler de bonheur ?!
C.D

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